Auteur principal du château de Versailles et de l'église des Invalides, Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) reste sans doute le plus célèbre des architectes ayant oeuvré en France, avec l'ingénieur Gustave Eiffel et le Suisse Le Corbusier. Maître d'oeuvre favori de Louis XIV, Jules Hardouin était le petit-neveu de François Mansart, dessinateur du Val-de-Grâce, chez qui il travailla et dont il reprit le nom au point de devenir, pour la postérité, le seul et unique Mansart. On finit même par lui prêter les chefs-d'oeuvre de ses contemporains Claude Perrault (la colonnade du Louvre, l'Observatoire de Paris), Louis Le Vau (Vaux-le -Vicomte, l'Institut de France) et, au-delà, tout ce que le classicisme à la française a produit de bâtiments.
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Le Musée Carnavalet (pour bonne part dû à son grand-oncle) accueille l'exposition qui lui est consacrée, le château de Versailles ayant décliné l'offre, selon le commissaire Alexandre Gady, qui dirige une monographie annoncée pour juin. En 2008 était déjà paru l'ouvrage de l'historien Bertrand Jestaz, premier thésard (1960) à avoir planché sur les arcanes d'Hardouin-Mansart.
La présentation de l'exposition aurait cependant mérité de plus amples espaces. Philippe Pumain, architecte souvent appelé comme scénographe, a souffert pour faire entrer le souffle de Versailles dans des structures marquées par une histoire complexe. Et Hardouin-Mansart ne facilite pas la tâche. De sa propre main pas ou plus de dessins ni d'écrits : il avait inventé la première grande agence française, s'était entouré de maîtres architectes de talent capables de mettre en oeuvre la pensée constructive d'un patron couvert de commandes et d'honneurs. On fait en revanche amplement connaissance avec l'homme. Ses portraits ou bustes par Hyacinthe Rigaud (1665), Antoine Coysevox, (1712), Jean-Louis Lemoyne (1703), parmi ceux de ses commanditaires et collaborateurs, laissent imaginer le flair et l'intelligence.
BÂTIMENTS DISPARUS
La peinture, la photographie, les maquettes, arrivent à faire bon ménage avec les dessins techniques et les vues urbaines pour montrer une oeuvre qu'on connaît ou croît connaître, notamment les bâtiments disparus : le château de Clagny, construit pour Mme de Montespan, celui de Meudon, réalisé pour le Grand Dauphin, ou celui de Marly, si cher à Louis le Grand.
Près de deux cents oeuvres sont présentées, parmi lesquelles une rareté contemporaine : une maquette de la voûte "extra-plate" de l'hôtel de ville d'Arles, célèbre pour sa portée (15 × 15 mètres). François Mansart avait inventé, ou tout au moins fait grand usage, de ces toitures qu'on appelle depuis mansardes. Jules Hardouin est le roi de la pierre taillée et assemblée avec génie, un art appelé du nom savant de stéréotomie, puisqu'il semble entendu qu'on ne saurait partager les secrets savants de l'architecture.
"Bâtir pour le Roi, Jules Hardouin-Mansart (1646-1708)", musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné, Paris-3e. Tél. : 01-44-59-58-58. De 10 heures à 18 heures ; fermé lundi. Jusqu'au 28 juin. www.carnavalet.paris.fr