Je ne vois plus vos noms sur les pages des livres,
et le lierre étouffe les pierres de vos ruines.
Les foules effacent la mémoire du crime,
car le froid souvenir les empêche de vivre.
Postons des guetteurs,
alertons les témoins,
montons sur les hauteurs
pour éclairer demain !
Chaque dernier dimanche d’avril, cette image symbolique renaît dans nos cœurs.
Au XXème siècle, l’infamie nazie a exterminé des millions de femmes, d’hommes, d’enfants et de vieillards déportés dans les camps de la mort, sinistre apothéose d’une politique antisémite. Pour leurs idéaux, pour leur résistance, pour leur courage, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants seront anéantis.
1944 : la barbarie hitlérienne explosait aux yeux d’une humanité bouleversée par l’atrocité des exterminations et des déportations. Les forces alliées commençaient alors à libérer les camps de l’enfer de la Seconde Guerre mondiale. Ce spectacle immonde dépassa les limites de notre conscience.
Cette journée est pour nous l’occasion de joindre nos forces et d’exprimer notre indignation contre l’ignominie ayant aveuglément frappé. Des êtres innocents furent traités de façon avilissante, rabaissés pour ne pas avoir été considérés comme humain, exterminés pour la seule raison d’avoir existé ou d’avoir résisté.
Les baraquements, les barbelés, les miradors, les potences des camps d'Auschwitz-Birkenau et de Treblinka, les plus vastes du IIIème Reich, symboles de la cruauté de l'homme pour l'homme, ont dans le secret affamé, torturé et exterminé plus de 2,3 millions d’êtres humains.
L’image de ces martyrs doit rester comme une trace indélébile au fond de notre âme. Se souvenir, mais surtout dénoncer avec véhémence l’horreur du nazisme, des chambres à gaz, des fours crématoires, machines odieuses à brûler les destinées comme de vulgaires déchets.
Que nos larmes et nos sanglots créent le nécessaire écho aux souffrances des victimes du génocide nazi. Que nos cris servent de porte-voix à la mémoire des morts et des rescapés du ghetto de Varsovie, des 12 000 enfants français d’origine juive disparus… Que notre recueillement serve de témoignage pour nos enfants !
En 1948, Israël voyait le jour. En ce 60ème anniversaire de cet état, rappelons que sa création était liée aux millions de Juifs tués pendant la guerre. Terre d’espoir, Israël est une terre d’accueil nécessaire pour tous les Juifs.
Rendons hommage aux victimes ! Rendons hommages aux héros ! Les libérateurs et les survivants des camps ! Ceux qui n’ont jamais cessé de lutter pour leur vie et leur dignité.
Luttons pour que Buchenwald, Auschwitz, Dachau et d’autres camps de la mort ne soient pas de simples mots perdus dans les livres d’histoire. La déportation et la Shoah ont frappé l'humanité en son être.
Elles doivent interroger la conscience de chacun, quelle que soit son origine, son appartenance culturelle ou religieuse. La bête immonde est dans la nuit. Elle ressurgit dès que les partisans de la paix baissent la garde. Ses crimes atroces continuent de frapper.
Cambodge, Rwanda, Darfour, l’horreur crache encore sa haine. De notre silence, elle fera son lit. Nous sommes les sentinelles d’une humanité fragile.
Alors que la France prend la présidence de l’Europe, il est encore plus pressant de constituer une Europe de la mémoire dont l’objectif majeur sera de transmettre les enseignements de l'histoire, en livrant la bataille de l'alerte et de la vigilance, pour que chacun soit sur ses gardes et prêt à donner l'alarme, face à la négation et aux dérives totalitaires.
Nos devoirs : s'appuyer sur l’histoire pour rappeler l'importance des valeurs altruistes ainsi que la responsabilité de chacun dans l’élévation de l’humanité, rappeler que l'indifférence aux souffrances de l'autre ou la violation des droits d'autrui sont des dangers mettant en cause la stabilité de notre civilisation.
Se révolter contre l’intolérable horreur du nazisme et ses avatars. Se révolter aussi contre ces gestes ordinaires qui l’ont permise. L’actualité fourmille de ces petits riens qu’il faut condamner. Ces actes a priori insignifiants, sont les graines, les racines, d’un possible arbre du mal.
Il faut dire et redire l’atrocité contemporaine, car comme l’a écrit Albert Camus : "Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde". Se montrer intransigeant avec les négationnistes s’empressant de rédiger les chroniques sanglantes de la haine ordinaire.
Notre présence, devant ce monument de la déportation, c’est notre promesse de toujours garder vive la leçon admirable donnée depuis l’enfer des camps. C’est aussi la nécessité de méditer les mots du poète Jean Tardieu, dans l’Honneur des poètes : "Puisque les morts ne peuvent plus se taire, est-ce aux vivants de garder leur silence ?".
Enfin, c’est aussi pour nous le devoir de promettre aux Vanvéens victimes de ces exactions et à leurs familles, que la commune de Vanves, honorera toujours avec force et respect leur mémoire.
Vive Vanves ! Vive la République ! Vive la France !
Bernard Gauducheau
Maire de Vanves














