Mesdames, Messieurs les membres du Conseil Municipal
Mesdames, Messieurs les Présidents
Mesdames, Messieurs les Anciens Combattants
Mesdames, Messieurs,
Aujourd’hui près de cette stèle, nous sommes rassemblés pour la mémoire.
Rassemblés pour rendre l'hommage de la ville à toutes les victimes de la déportation et pour saluer avec respect leur courage et leur sacrifice.
Rassemblés pour nous souvenir de la souffrance des hommes, des femmes, des enfants, de tous ceux précipités vers l'abîme par la folie criminelle.
Rassemblés pour renouveler notre engagement à combattre avec détermination toutes les expressions de l'inacceptable, à faire vivre les valeurs de liberté, d’humanisme, de paix qui sont notre bien commun.
Il y a soixante ans, le repli des armées allemandes découvrait aux alliés l'horreur et l’atrocité des camps nazis. Les noms de Dachau, Auschwitz, Buchenwald marquèrent au fer rouge l’esprit de millions d’hommes.
L’humanité, bouleversée, prenait brutalement conscience de l'une des plus terribles tragédies de l'histoire de notre civilisation. Frappé de stupeur, les soldats comprenaient la réalité dramatique et implacable de la déportation, l'effroyable barbarie d'une idéologie, d'un système reposant sur l'oppression, la répression et l'extermination.
Nous sommes rassemblés pour nous souvenir que la folie nazie éliminait les plus faibles, les plus fragiles, les personnes âgées, handicapées et les enfants dont l'existence même était inadmissible.
Nous sommes là pour nous souvenir qu’Hitler éliminait les juifs, les tziganes. Il voulait faire disparaître ceux qu’il appelait les sous-hommes. Ce mot est intolérable, inacceptable.
Tant que des systèmes ou des personnes comme récemment désigneront des sous-hommes et des races supérieures, notre planète sera menacée.
La Shoah a arraché à l’humanité son masque d’innocence. Le génocide est bien un basculement de l’histoire, un basculement du monde. En cet instant, vous revivez ces temps de souffrance, la souffrance du froid, la souffrance de la faim, la souffrance de la séparation, la souffrance de la déchirure, de la peur et de la mort. Et vos pensées, je le sais, vont vers celles et ceux, supprimés par le totalitarisme.
Dans les wagons en partance pour Auschwitz, l’obscurité créait la panique, on entendait les cris des femmes, des enfants, des vieillards pendant d’interminables kilomètres. Quand ils sortaient, les gens étaient blessés ou morts car dans l’obscurité, c’était une mêlée, ils se débattaient, se combattaient.
Puis le silence, le silence de la mort, le silence d’innocents détruits par la plus folle invention de l’homme, la solution finale. Quand, à Auschwitz, on ouvrait les chambres à gaz, les gens pressés comme du basalte, blocs compacts de pierre, s’écroulaient. Puis plus rien, à part des volutes de fumées crachées par les cheminées de cette usine de la mort.
Dans l’évocation des victimes de la déportation, comment ne pas nous souvenir des Résistants, des simples citoyens, de ces hommes et de ces femmes de France ou d'ailleurs refusant la barbarie nazie et engagés dans le combat ?
Ces soldats de l'armée des ombres portaient dans le regard le feu de la liberté. Ils étaient l'âme flamboyante de notre pays, combattants les ténèbres de l'occupation et de la collaboration. Ils sont de ceux qui ont rendu à la France son honneur et sa noblesse.
La droiture et la foi de ces héros en conduiront des centaines de milliers à la mort. Aujourd'hui, leur conviction a permis de sauver la démocratie. Leur volonté est la preuve de la supériorité de l’espérance sur les forces du mal.
L’histoire est fragile. Elle est jalonnée de déportations et de massacres. Elle met facilement en oeuvre des entreprises de destruction massive. Sans la vigilance de chacun et de chacune, l’histoire verse dans la barbarie. Ainsi, pendant la Première Guerre mondiale, prétextant une menace arménienne, les forces turques massacrèrent les Arméniens de Turquie.
Plus de 1 200 000 Arméniens seront décimés. Le Génocide des Arméniens inaugure un XXème siècle marqué par les massacres et la barbarie.
Sans calculer l’énorme gaspillage de vie humaine produit par l’esclavage des peuples africains au nom du commerce triangulaire. Ces millions d’âmes innocentes furent aussi déportés. Pour la première fois, la France commémorera officiellement le 10 mai prochain le souvenir des esclaves et l’abolition de l’esclavage.
Et pourtant malgré les douleurs et les souffrances de nos pères, notre monde contemporain est la proie de crimes atroces au nom de la haine de l’autre. Rappelons que des massacres et des camps de la honte ont existé et existent aux 4 coins du globe comme au Cambodge, au Darfour, au Rwanda, l’homme est un loup pour l’homme.
A quelques kilomètres d’ici, le meurtre du jeune Ilan HALIMI par le Gang des barbares en est aussi la preuve. La paix et le bien vivre ensemble sont fragiles.
Notre devoir est de combattre pour éviter ces évènements intolérables, le meurtre au nom de la haine d’autrui, les camps de l’enfer.
Notre devoir est que l’oubli ne recouvre jamais les pages sanglantes de notre histoire.
Notre devoir est d’être unis pour défendre la mémoire et les témoignages de ceux qui ont connu l’indicible.
Unis pour affirmer la dignité des hommes, défendre jusqu'au bout l’humanité pour un futur serein.
Unis, pour que l'oubli ne l'emporte pas, pour faire disparaître les idéologies destructrices et pour confier à la jeunesse un message de vigilance et de paix.
Unis à jamais dans la croyance en l’avenir, dans la fidélité au souvenir et à la résistance.
A ceux d’entre vous qui ont connu la déportation, le mal absolu des bourreaux mais aussi la bravoure des libérateurs, à vous qui avez su trouver la force de résister, je veux dire notre reconnaissance et notre respect en exprimant l'hommage des vanvéens.
Grâce à vous, nous avons des exemples de courage et entendons la voix de la vérité. Une vérité irréfutable. Une vérité éternelle.
La mémoire et le souvenir doivent servir à préparer l’avenir. Nous avons un devoir de vigilance. Vigilance à l’égard du racisme, de l’antisémitisme, vigilance à l’égard de l’esprit de haine et d’intolérance. Ce devoir de vigilance nous incombe à tous, et d’abord à nous, responsables publics. Enfin, cette journée rappelle que notre richesse nous la tenons de notre diversité. Diversité culturelle, sociale ou religieuse. La force de notre diversité sera de savoir développer la plus précieuse tradition française, celle de l’humanisme, de la liberté, de la justice et de la tolérance. Celle qui est, tout simplement, l’honneur de la République et le combat pour les droits de l’homme.
Cette philosophie demeure le fondement de la cohésion nationale et nous saurons la défendre.
Vive la France ! Vive la République ! Vive Vanves !
Bernard Gauducheau
Maire de Vanves











































